Sur la route du Goncourt

Toi qui passes ici plus que rapidement, prends le temps de faire une pause et de lire cet article. Tu as, devant tes yeux, la prose du futur prix Goncourt.

Rien que ça ! Ben dites-moi donc, elle ne manque pas d’air celle-là !
Elle participe à un atelier d’écriture et elle se voit déjà, tutoyant les plus grands, croulant sous les invitations à présenter ses nombreux romans dans les émissions littéraires.

Alors, tu vas redescendre fissa sur terre, ma fille et tu vas peut-être commencer par réfléchir à une idée.

Un atelier d’écriture, c’est quoi ?

Un atelier d’écriture est une réunion d’adeptes des jolis mots, des phrases bien tournées, des expressions imaginées et imagées.
Le but est de pondre des textes, des phrases, des poèmes, des haïkus, etc. Bref, tout ce qui tourne autour des mots, en respectant les consignes données par l’animateur de l’atelier.
Les consignes sont plus ou moins contraignantes ; elles vont de la simple thématique de l’écrit à l’interdiction d’utiliser la lettre R dans le récit.
Chacun est libre de lire, ou pas, sa production à voix haute.

Certains auteurs vont faire preuve d’humour, d’autres seront plus poétiques, d’autres encore manieront les tournures originales avec dextérité.

J’ai donc décidé de m’y croire complètement l’espace de quelques instants et de vous partager ce que j’ai écrit au cours de cet atelier, animé par Jean-Claude, de l’atelier Billets Doux à Périgueux.

Goncourt, me voilà

La 1ère thématique de cet atelier d’écriture est la suivante

Ecrire un texte de dix mots exactement, sous la forme d’un slogan à l’attention de quelqu’un qui vous est cher. Vous devrez dire « je ».

« Ordre en désordre, destructure qui rassure, je porte ta liberté


La 2e thématique s’intitule « Perdu de vue »

En plein mois d’août, il advint qu’un homme, ou une femme, s’évanouit sans laisser de traces. Cet événement vous mène à une réflexion existentielle qui vous étonne, alors que vous ne connaissiez pas plus que ça la personne en question.

La semaine dernière, je l’ai croisé avec sa baguette sous le bras. Et ce soir, j’apprends qu’il a disparu le soir-même, envolé, évanoui, évaporé.
Wouah ! comment on peut disparaître comme ça, sans laisser de traces ?
Vous savez quoi ? Ça donne envie…
Est-ce qu’il a dit qu’il allait chercher des clopes et qu’en sortant du bureau de tabac, il a tourné le dos au chemin du retour pour filer droit vers nulle part ?
Est-ce que j’ai pas, des fois, envie de faire pareil ? Plus moi, plus rien ou plutôt si, être tout, faire comme si.
Ça fait peur, ça fait rire.
De l’audace… il a osé.


La 3è thématique est contraignante : utiliser le plus de mots avec le son « br »

Brièvement, vous évoquerez l’histoire du ministre braillard. Il se dit qu’il serait né dans le Bronx, il aurait tenté sa chance au Brésil, après quoi, bredouille, il est revenu s’installer en France, à Brive….
En vous appuyant sur votre imaginaire, poursuivez le récit de cet homme public. Evidemment vous vous appliquerez à utiliser le plus grand nombre possible de mots commençant par les lettres BR.

Rentré bredouille du Brésil, le ministre Braillard passe depuis son temps à brailler toute la journée sur la grande place du marché de Brive.
« J’ai été brimé, brocardé, c’est une honte, moi qui fis preuve de tant de bravoure ».
Braillard brâme, toute la journée il ne fait que brâmer. De bravoure, on n’en saura pas plus.
Il arpente désormais, brinquebalant, les rues de Brive, bredouillant sans cesse sur sa vie brésilienne, le regard perdu dans la brume.
Bref, c’est tout.

La chute de ce 3e exercice montre les difficultés que l’on peut parfois rencontrer. Elle signifie tout simplement que je me suis trouvée en panne sèche d’inspiration.


Le 4e et dernier exercice porte l’action au théâtre de l’Odyssée à Périgueux

Vous êtes au théâtre de l’Odyssée, 10 minutes avant la séance. Le siège à côté de vous est libre. Quelqu’un arrive et s’y installe. Vous jetez un coup d’œil et vous pensez reconnaître une personne connue. Vous voulez lui parler mais vous n’osez pas. Que dire ? Imaginez la scène, engagez-vous la conversation ?

-Ah, voilà ma place ! Cool, je suis bien placée ! Ça va être chouette, Cyrano avec Jacques Weber… je vais me régaler !
-Eh flûte, moi qui pensais n’avoir personne à côté de moi !
Un coup d’oeil furtif en direction de cet importun
-Mais ?! Mais ?! Non, pas vrai, c’est lui !! Depardieu !! Assis à côté de moi pour voir Cyrano de Bergerac !
-Vache de mouche ! Je rêve !
-Qu’est-ce que je fais ? Je lui parle ? Je lui dis bonjour, que j’ai adoré le film Cyrano ? La tirade du nez ? « Ne pas monter bien haut peut-être, mais tout seul » ?
-Naannn ! Il veut sûrement être tranquille. Je vais l’embêter et puis je vais dire des trucs nuls, je vais bafouiller, il va me trouver ridicule…
-Allez, si ! J’ose !

« Mesdames et Messieurs, la pièce va commencer »

Goncourt

Alors ? Le Goncourt ou j’ai encore du travail ?

Goncourt